À l’occasion de l’Examen Périodique Universel* (EPU) du Liban, nous avons soumis à l’ONU, avec nos partenaires libanais les Sœurs du Bon Pasteur et Tahaddi, un rapport sur les droits de l’enfant, axé sur cinq thématiques : éducation, santé, santé mentale, violences faites aux enfants et apatridie. Le rapport s’appuie sur des entretiens menés auprès de 74 enfants, dont des enfants réfugiés et apatrides, ainsi que de parents et de professionnels. Depuis plusieurs années, les crises politiques et économiques, aggravées par le conflit et l’effondrement des services publics, ont considérablement fragilisé le respect des droits de l’enfant au Liban.
En novembre 2025, en marge de la pré-session EPU de la société civile, nous avons accueilli à Genève Elissa, jeune femme engagée auprès des Sœurs du Bon Pasteur. Soutenue par la chargée de plaidoyer de la FAAI, elle a présenté les constats et recommandations du rapport à 11 Missions permanentes de l’ONU, mettant en lumière les réalités vécues par les enfants au Liban.
En tant que jeune libanaise et ayant coordonné les consultations sur le terrain avec les enfants et leurs familles, Elissa a porté avec conviction et authenticité leurs voix auprès des diplomates, rappelant l’importance de placer les enfants au cœur du processus de l’EPU et de toutes les décisions qui le concernent.
Elissa nous replonge au cœur de sa riche semaine de plaidoyer :
Quel est ton rôle auprès des enfants au Liban ?
Au sein des Sœurs du Bon Pasteur, mon rôle consiste principalement à effectuer des visites de terrain et à travailler en étroite collaboration avec les travailleurs sociaux et les psychologues afin d’évaluer les besoins des enfants et de mieux comprendre leur réalité quotidienne. Je vois ce travail comme une opportunité précieuse de soutenir des enfants vulnérables qui vivent dans des conditions extrêmement difficiles.
Que représentait pour toi cette mission de plaidoyer à Genève ?
C’était une opportunité unique d’amplifier la voix des enfants du Liban à l’ONU, de les aider à parler de leurs difficultés et à trouver des solutions. En tant que jeune femme, je peux totalement les comprendre, ayant moi-même été confrontée à certaines de ces difficultés. Les formations et l’accompagnement de la FAAI ont été extrêmement utiles tout au long du processus, d’autant plus qu’il s’agissait de ma première expérience en matière de plaidoyer.
Quel message souhaitais tu transmettre aux diplomates ?
J’ai essayé de leur faire comprendre la réalité vécue par les enfants au Liban. Ils ont besoin d’un soutien urgent pour sortir du cycle de la pauvreté et de la marginalisation, et les filles, en particulier, font partie des plus vulnérables. Il est essentiel d’agir et j’espère que les diplomates prendront en compte toutes les recommandations et inciteront le gouvernement libanais à les mettre en œuvre.
Pourquoi est-il si important de placer la voix des enfants au cœur de processus comme l’EPU ?
Lors des consultations menées pour nourrir notre rapport EPU, pour de nombreux enfants, c’était la première fois qu’ils se sentaient réellement écoutés. Les enfants connaissent mieux que quiconque leur propre réalité. Les actions de plaidoyer doivent s’appuyer sur leur parole, mais aussi sur celle des professionnels de terrain qui les accompagnent. C’est la seule manière de comprendre véritablement leurs besoins. La situation au Liban a des effets durables sur les enfants et, sans soutien, ils ne peuvent pas se reconstruire.
Impact de notre plaidoyer
* EPU : Il s’agit d’un mécanisme qui permet au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU d’examiner la situation de chaque pays membre au regard de l’ensemble des droits humains. C’est un mécanisme d’examen par les pairs : ce sont donc les États eux-mêmes qui formulent des recommandations à l’État examiné afin d’améliorer la mise en œuvre de ces droits.
En janvier 2026, le gouvernement libanais a été examiné par les autres États lors de la 51ᵉ session de l’EPU. Sur les 304 recommandations reçues, 78 étaient en lien avec les droits de l’enfant, dont 60 directement liées aux thématiques portées dans notre rapport.
Ces résultats témoignent de l’impact concret de notre plaidoyer, mené en étroite collaboration avec nos partenaires locaux. Il revient désormais à l’État libanais de transformer ces recommandations en actions concrètes. Leur mise en œuvre constitue une étape essentielle pour renforcer la protection des droits de l’enfant et permettre aux enfants du Liban de grandir dans des conditions plus justes et sûres.