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Un refuge pour les jeune-filles de la rue à Kinshasa

Mardi 02 octobre 2018

En République Démocratique du Congo, peu d’associations prennent en charge les jeunes filles de la rue. Pourtant, elles sont de plus en plus nombreuses à venir gonfler les rangs des enfants des rues, en particulier à Kinshasa, où elles seraient près de 7 000 à vivre dans la rue (1).

Meurtries par les privations, le dénuement, les maladies, les accidents et l’indifférence, elles sont trop souvent victimes d’exploitation sexuelle et de prostitution forcée. De ces agressions naissent, chaque année, des milliers d’enfants, qui n’ont, pour démarrer leur existence, que la rue et ses dangers comme environnement. En 2011, le Réseau des Educateurs des Enfants et des Jeunes de la Rue (REEJER), principal réseau congolais de protection et de promotion des droits des enfants des rues, dénombrait 3 000 naissances dans la rue, soit deux fois plus qu’en 2009.

Ce constat conforte la tendance observée par les acteurs de terrain depuis plusieurs années : le phénomène des filles-mères des rues est en expansion. Nous assistons même, impuissamment, à la troisième génération d’enfants nés dans la rue.

Cette hausse des naissances dans la rue s’accompagne également d’un autre phénomène préoccupant : le trafic d’êtres humains, en particulier celui des nouveau-nés, dont les mères acceptent de se séparer moyennant une poignée de dollars.

Atteindre et protéger ces enfants et leur jeune mère représente un immense défi pour les organisations œuvrant en faveur de la promotion et de la protection des droits des enfants à Kinshasa.

C’est dans cette démarche que l’association Solidarité Batoto a souhaité développer un programme d’accueil et d’accompagnement à destination des jeunes filles des rues et de leurs enfants.

Grâce à la générosité de donateurs, l’association a construit dans un quartier défavorisé de Kinshasa, un refuge à l’abri de la rue : la Maison Karibu (Bienvenue en langue swahili), qui a ouvert ses portes en 2017.

Aujourd’hui, elle accueillie jusqu’à 15 jeunes filles, âgées de 10 à 15 ans, enceintes ou accompagnées de leur jeune enfant.

Un hébergement transitoire y est possible pour les filles de la rue enceintes et à celles venant de donner naissance. Un espace d’accueil de jour, leur propose un accompagnement personnalisé (psychologique, médical, social et éducatif).

La Maison Karibu met en place des prestations gratuites et de qualité, grâce, notamment, au réseau de partenaires qu’elle a développé avec : des mutuelles de santé et des hôpitaux, qui prennent en charge les mamans et leur nourrisson pendant et après avoir donné naissance ; des centres de formation qui forment les jeunes filles à un métier, des artisans et des entreprises qui leur permettent de vivre une première expérience professionnelle…

Sa mission : donner l’opportunité à ces familles d’envisager un avenir meilleur, un emploi pour ces jeunes mamans, qui pourront ainsi subvenir aux besoins de leur famille, un espoir pour ces enfants de vivre leur vie d’enfant, de se sentir chéris et protégés.

 

 

Verbatim bénéficiaire

« [Au centre Karibu] Nous ne manquons de rien, on nous apprend aussi un métier. On ne nous impose rien, on nous demande toujours ce que nous voulons faire dans la vie. Ainsi, on nous oriente vers nos choix : dans mon cas, j’ai commencé d’abord par la coupe et couture, à la rentrée je compte m’orienter vers les études paramédicales pour faire plus tard des études d’infirmières. »

Noëlla, accueillie au Centre Karibu en juin 2018.

 

 

(1) « La rue c’est la chance ? », Enquête sur l’exploitation et les violences sexuelles des jeunes filles des rues de Kinshasa, Médecins du Monde 2011

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