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Plaidoyer international pour les droits des enfants vulnérables au Congo

Mercredi 17 octobre 2018

Le 10 octobre dernier, accompagnés par Apprentis d’Auteuil, le REIPER (Réseau des Intervenants sur le Phénomène des Enfants en Rupture) et Handicap Afrique ont pris la parole aux Nations Unies pour partager un témoignage de la situation relative au respect des droits des enfants en République du Congo, à l’occasion des pré-sessions organisées au Conseil des Droits de l’Homme avant la revue du Congo à l’Examen Périodique Universel* le 14 novembre 2018.

Joseph Likibi, coordinateur du REIPER, a ouvert la session en expliquant qu’il existe au Congo un vaste arsenal juridique pour la protection des enfants, dont la loi portant protection de l’enfant n°4/2010. Adoptée en juin 2010, celle-ci avait été saluée par le REIPER et ses 21 associations membres œuvrant auprès des enfants en rupture au Congo. Cependant, huit ans plus tard, les décrets et arrêtés d’application de cette loi n’ont toujours pas été signés et déployés. Aujourd’hui, le REIPER estime qu’il est essentiel que l’Etat congolais s’engage à déployer ces textes. En effet, depuis 2010, nous constatons une régression du respect des droits des enfants dans le pays dû à une méconnaissance de ces droits par les autorités locales, ainsi qu’à un manque de moyens matériels et humains. Les enfants continuent d’être victimes de violences et discriminations, et leurs droits à la santé et à l’éducation non respectés, tel que prévu dans la loi en question.

S’en est suivi le témoignage de M. André Kabi, Directeur de l’association congolaise, Handicap Afrique, concernant la situation dramatique des enfants vivant avec un handicap.  Au Congo, avoir un enfant handicapé est synonyme de catastrophe sociale, de malédiction, de punition du ciel, d’un sort jeté par autrui, ou encore d’une présence satanique au sein de la famille. En conséquence, ces enfants sont mis au ban de la société, tantôt cachés par leur famille, tantôt chassés du foyer. Ils souffrent de maltraitance et d’abus de toutes sortes, et dans les pires des cas, sont mutilés ou tués par la famille ou des membres de la communauté.

Ainsi, M. Kabi raconte : « Des rituels sont parfois organisés en plein jour, sous le regard tolérant de tous, pour jeter l’enfant dans le fleuve parce qu’il proviendrait des eaux. Lorsque les parents n’ont pas le courage de franchir le pas de l’infanticide, les enfants vivant avec un handicap sont tués par des « spécialistes » en la matière que l’on trouve au sein de la communauté. Sinon, c’est à petit feu qu’ils laissent mourir l’enfant en l’enfermant entre les 4 murs d’une chambre et en le privant d’eau et de nourriture jusqu’à épuisement de ses forces. […] Dans le meilleur des cas, la famille se disloque sous prétexte de sorcellerie soit de la part de l’enfant, soit de la part d’un côté des parents, aggravant la situation économique du parent qui accepte de vivre avec l’infortuné. Ce dernier est, par conséquent, privé d’une vie en famille et vit la culpabilisation du drame. »

Ces situations tragiques, sont connues de tous mais restent pourtant tabou dans la société congolaise ; le poids des us et coutumes prenant le pas sur les lois existantes.

 

Apprentis d’Auteuil, ayant une expérience de plaidoyer et un statut reconnu auprès des Nations Unies, aide ses partenaires à faire reconnaître leur action et à porter leurs solutions auprès de leurs gouvernements. Le plaidoyer international reste parfois le seul moyen de faire réagir les gouvernements.

 

*L’Examen Périodique Universel (EPU) est un mécanisme unique du Conseil des droits de l’homme, établi par la résolution 60/251 de l’Assemblée générale des Nations Unies adoptée le 15 mars 2006, ayant pour but d’améliorer la situation des droits de l’homme dans chacun des 193 États membres des Nations Unies.

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