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Bilan de l’EPU de la République Démocratique du Congo aux Nations Unies

Vendredi 10 mai 2019

Mardi 7 mai 2019, aux Palais des Nations à Genève, a eu lieu la 33ème session du groupe de travail de l’Examen Périodique Universel (EPU), durant laquelle la République Démocratique du Congo a été examinée.  Il y a un mois, notre partenaire local en RDC, le REEJER, accompagné par la FAAI et Apprentis d’Auteuil, avait participé à la pré-session de l’EPU afin de présenter nos recommandations aux délégations et de les convaincre de les adresser au gouvernement congolais.

La délégation de la RDC était présidée par Mme Marie-Ange Muchobekwa, Ministre des droits humains, qui a pris la parole en début de session afin de présenter le rapport national. Les délégations ont ensuite eu l’opportunité de faire une déclaration et d’adresser leurs recommandations au gouvernement congolais. Au total, 99 délégations ont adressés 267 recommandations à la RDC.

Notre plaidoyer en faveur des droits des enfants en RDC durant la pré-session s’est montré très fructueux lors de l’EPU. En effet, le Liechtenstein et Malte, que nous avions rencontré lors de rendez-vous bilatéraux, ont chacun adressé trois de nos recommandations à l’Etat Congolais. L’Islande a, quant à elle, repris notre recommandation sur la campagne nationale de sensibilisation sur le phénomène des enfants accusés de sorcellerie. Plus globalement, 2 recommandations ont été faites sur le Conseil national de l’enfant, 4 recommandations sur les jeunes filles mères et/ou les grossesses précoces et 6 recommandations sur le phénomène des enfants dits ‘sorciers’. Par ailleurs, l’Algérie a recommandé de ‘’mettre en place des mesures inclusives pour garantir la non-discrimination des enfants en situation de rue.’’ Enfin, une vingtaine de recommandations ont adressées, de manière plus générale, l’accès à l’éducation et à la santé.

Parallèlement, la Ministre des droits humains, a abordé la problématique des enfants accusés de sorcellerie : ‘’ (…) Des enfants accusés d’être sorciers sont battus, chassés par leurs propres parents, parce que les pasteurs ont dit à la famille que ces enfants sont sorciers. Aucune loi de la République Démocratique du Congo ne reconnait la sorcellerie. La sorcellerie ne peut pas se prouver. Mais il y a beaucoup d’enfants qui se retrouvent dans la rue parce qu’ils sont accusés de sorcellerie. Le gouvernement a mis toutes les dispositions en place pour lutter contre ce phénomène qui dure depuis longtemps, plus de 25 ans aujourd’hui, donc qui prendra beaucoup de temps à effacer de l’imaginaire collectif congolais. Expliquer qu’un enfant très turbulent n’est pas forcément sorcier. Et que lorsqu’un membre de la famille décède et qu’un enfant a un comportement bizarre, faire comprendre que la mort existe. On ne peut pas, il n’y a pas de remède contre la mort. (…) ‘’

L’emphase de la Ministre sur la persistance de la croyance et des accusations à l’encontre d’enfants depuis 25 ans, malgré l’impossibilité de prouver la sorcellerie et le fait qu’aucune loi nationale ne la reconnaisse, démontre bien la complexité du problème et à quel point la croyance est ancrée dans la société.  Comme elle le souligne, il est nécessaire de changer l’imaginaire collectif congolais afin de contrer ce phénomène, et c’est ce que nous préconisons avec notre recommandation sur une campagne de sensibilisation nationale sur le phénomène des enfants accusés de sorcellerie.  

Le gouvernement congolais se prononcera sur les recommandations qui lui ont été adressées, au plus tard, lors de la 42ème session du Conseil des droits de l’homme en septembre prochain. A la suite de la prise de position de l’Etat congolais, le REEJER, appuyé par la FAAI et Apprentis d’Auteuil, tentera de collaborer avec le gouvernement pour la mise en œuvre effective des recommandations acceptées relatives aux droits des enfants.

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